La Beaucroissant s'offre un petit air de changement
Dans le bureau de la foire, le téléphone n'arrête pas de sonner. «Désolé, nous sommes complets depuis plusieurs semaines... » Patrick Bouchet raccroche et secoue la tête. Le régisseur de « la » Beaucroissant a peine à comprendre que des forains puissent s'y prendre à la dernière minute. Et pourtant, chaque année, c'est la même chose. Derrière lui, le plan masse de la foire laisse entrevoir la complexité d'une telle organisation. Mais il ne semble guère s'en émouvoir : l'habitude.
Dehors, sous un soleil de plomb, six jeunes gars suent sang et eau pour monter les derniers chapiteaux. En face, quelques tracteurs, une mélangeuse flambant neuve, ont déjà pris place sur le foirail réservé au matériel agricole. Créée l'an dernier, la fameuse « allée S », avec ses 2 500 m2 d'exposition, affiche complet depuis longtemps. Constructeurs nationaux, concessionnaires régionaux, exposants étrangers, ils sont plus de 250 à avoir réservé leur emplacement de longue date. « Malgré les difficultés économiques actuelles, la surface consacrée au matériel agricole ne diminue pas, bien au contraire », se réjouissent les organisateurs de la foire.
Les charolais en force
Du côté des animaux, l'affluence n'est pas moindre. Dans la nuit de jeudi, une noria de camions dépose les bêtes. Ça meugle et ça hennit à qui mieux mieux. Eleveurs et maquignons, une centaine au total, se retrouvent. Poignées de main, retrouvailles, on s'affaire à installer les quelque mille têtes de bétail qui constituent l'une des attractions phare de la Beaucroissant. Bovins, chevaux, brebis, porcs, chèvres, tout le monde est là. La part belle est faite aux chevaux qui, chaque année, occupent un peu plus de place. Signe du dynamisme ambiant : les habitués demandent plus de métrage. Et si le nombre d'éleveurs bovins stagne, le syndicat Charolais Sud-Est ne renoncerait à son stand pour rien au monde. Car c'est pour lui l'occasion de « mettre en valeur la génétique de toute une région montagneuse, bien loin du berceau traditionnel de la race ». Cette année, 32 éleveurs charolais présenteront 120 animaux au cours des différentes sessions du concours régional (concours de pointage par les jeunes des centres de formation agricole de Rhône-Alpes le samedi matin, concours de reproducteurs mâles vendredi après-midi, concours de reproductrices femelles samedi matin et challenges interdépartementaux samedi après-midi). Une nouveauté pour l'édition 2014 : le Trophée viande. Testée lors du concours départemental de l'élevage, cette nouvelle compétition est destinée à récompenser « le meilleur potentiel viande parmi les animaux représentés », révèle Claude Rey, président de la fédération charolais Sud-Est.
JOURNALISTE PIGISTE (v2)
Innovation également avec la création cette année d'un marché de producteurs, membres du réseau de la chambre d'agriculture « Bienvenue à la ferme ». Pendant les trois jours de la foire, une pagode dressée à l'entrée d'Agrivillage fera la promotion des circuits courts et de la diversité de la production agricole iséroise en proposant safran, escargots et dérivés, vins des Balmes dauphinoises, spécialités à base d'ail des ours, confitures et préparation à base de petits fruits, spiruline, fromages et glaces.
TD ouvre son Université
Terre Dauphinoise, l'hebdomadaire bimédia de l'Isère, n'est pas en reste qui lance, vendredi à 15 h 30, sa première Université de TD avec un débat prospectif s'intéressant à l'avenir économique des territoires ruraux. Un panel d'agriculteurs, acteurs économiques et syndicaux du département, répondront aux questions de la rédaction et interpelleront trois élus politiques ayant chacun des responsabilités à l'échelon départemental, régional et national. Quel visage aura l'Isère dans 15 ans ? Comment va évoluer le foncier ? L'agriculture aura-t-elle encore sa place ? L'élevage laitier sera-t-il toujours présent ? Faudra-t-il se convertir à une agriculture de niche ? Au bio ? Michel Guglielmi, agroéconomiste et ancien directeur de l'Isara, esquissera des pistes de réflexion. Forts de ces éléments, décideurs et agriculteurs présents dans la salle apporteront leur pierre à l'édifice. Histoire de semer de concert quelques graines de futur.