Le groupement de propriétaires, autorité politique
L'individualisme perdurera-t-il encore longtemps en matière forestière ? Peut-être, pourtant les outils pour sortir du marasme sont bien là. L'assemblée générale du groupement de sylviculteurs de Belledonne (GSB) en a été un reflet flagrant.
Ventes biaisées
Les ventes groupées tout d'abord. Echec selon les uns, correctes selon les autres, le sujet divise. Celle organisée en septembre 2013 clive. « 39 lots ont été présentés, explique Pascal Guillet, technicien du CRPF chargé d'une partie de sa préparation, ce qui représentait 11 000 m3 ». L'essentiel des grumes est venu de Chartreuse (44%) tandis que Belledonne ne proposait que 8% du volume. « Le peuplier n'a pas été vendu », constate le technicien. Mais certains connaisseurs de la filière expliquent que les scieurs n'ont rien proposé volontairement afin de faire baisser les prix dès le lendemain de la vente... Et bien sûr, les lots sont partis : l'individualisme a gagné, pas les propriétaires d'une manière collective. « Vous devez être présents lors des visites de terrain en vue de la préparation des lots, souligne Gérard Arnaud, membre du groupement. De cette façon, nous valoriserons l'action des groupements de sylviculteurs qui doivent être des acteurs inévitables et constituer une autorité politique ». Sous-entendu, pour éviter que d'autres maillons prennent des décisions à l'encontre des intérêts des propriétaires.
Bien desservi
Une action collective qui avance, même lentement, est celle de la construction de desserte forestière. René Sabatier, ingénieur régional du CRPF, est « satisfait » du travail réalisé, « surtout qu'il est souvent de longue haleine. » « C'est en Isère que se font le plus de chantiers, avance-t-il. Si on veut mobiliser du bois, il faut aller le chercher avec les outils actuels ». Mais il reconnaît que « les financements évoluent, les façons de travailler aussi », entraînant moins de souplesse dans l'organisation du travail du CRPF et la disparition de permanences ou de réunions locales que celui-ci prenait traditionnellement en charge.
Bois énergie en petites unités
Venus en voisin, mais aussi parce qu'il voulait tordre le cou à certaines rumeur, Bruno de Quinsonnas, président de l'Union des forestiers privés de l'Isère (UFP 38), anciennement syndicat des propriétaires forestiers de l'Isère, a reprécisé quelques éléments. « L'UFP, les groupements et le CRPF ont chacun leur raison d'être et des rôles bien différents. Les groupements permettent d'échanger et de mutualiser des actions locales, le CRPF coordonne les travaux et regroupe les bonnes volontés pour les ventes, le syndicat vous défend, vous représente et accessoirement vous permet d'être assurés. Ce qui intéresse l'UFP, ce n'est ni l'absorption des groupements, ni leur argent. C'est tout simplement leurs adhérents, car c'est en faisant nombre que l'on pourra faire avancer certaines idées ou éviter des évolutions avec lesquelles nous ne sommes pas d'accord. » Dans son viseur, les textes qui envisagent le droit de préemption d'une commune lors d'une vente de parcelle forestière, mais également les tournures que prend le dossier bois énergie. « On veut nous amener vers cela à tout prix, s'exclame le président de l'UFP. Il n'y a pas à opposer bois d'oeuvre et bois énergie, les deux sont complémentaires, mais arrêtons de mettre des fûts de valeur dans les chaudières ! » Et de préciser que « le syndicat est en faveur de petites unités de moyenne puissance installées en montagne. » Près de la ressource et des petites scieries.
Jean-Marc Emprin
Pour aller plus loin :
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