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Déplacement

Le téléphérique nourrit les élections municipales

Le projet de transport par câble entre l'agglomération grenobloise et le Vercors va largement nourrir le débat à la veille des élections municipales. Certains agriculteurs s'estiment être les victimes collatérales.
Le téléphérique nourrit les élections municipales

D'aucuns diront qu'il n'y avait pas meilleure façon de procéder pour qu'émerge une opposition à un projet pourtant séduisant. Le dossier du transport par câble entre l'agglomération grenobloise et le Vercors a bondi des cartons un jour de mai 2012 sans crier gare. Les élus concernés n'avaient été avertis que quelques jours auparavant. Depuis, le projet a fait couler beaucoup d'encre et obligé certains, qui n'avaient rien demandé, à se positionner. Loin de calmer le jeu, les dernières déclarations du président de la Métro, Marc Baïetto, selon lequel « si le projet est refusé dans le Vercors, il ne se fera pas, mais d'autres communes l'attendent, en Chartreuse et en Belledonne », en ont interrogé plus d'un.

Au risque de se mettre en délicatesse avec les autres élus du plateau du Vercors et de déranger la belle unité qui règne au sein de la communauté de communes du massif du Vercors (CCMV), Franck Girard, le maire de Saint-Nizier-du-Moucherotte et vice-président de la CCMV, a lancé l'alerte en rejetant les objectifs présentés dans le dossier de transport par câble proposé par la communauté d'agglomération grenobloise, tout en approuvant les modalités de la concertation. Il le répète : la méthode employée ne lui convient pas. « Un projet téléporté se réalise après un projet de territoire, et après que les deux territoires, celui de l'agglomération grenobloise et celui du Vercors, aient travaillé dessus ensemble. Faire un projet téléporté puis un projet de territoire autour, ce n'est pas la méthode », insiste-t-il. Pour autant, Franck Girard n'est pas opposé au projet, considérant le transport par câble comme un moyen moderne, mais de là à se prononcer sur des objectifs qui dépassent les attributs communaux, non, il préfère attendre les réponses qu'apporteront les études sur les coûts, en matière d'investissement et de fonctionnement, sur les impacts urbains, économiques et sociaux. « Puis nous laisserons le choix à la population de se prononcer ». Mais l'élu note un point : « Qui dit transport par câble, dit urbanisation. C'est inscrit dans le Grenelle de l'environnement. En raison de la pression foncière, les espaces à proximité des dessertes de transports en commun sont à urbaniser en priorité. » Et ce n'est pas tant les gares et les pylônes qui l'inquiètent, mais le génie civil qui entoure le projet, à l'image de la proposition pharaonique présentée pour la gare intermédiaire de Saint-Nizier-de-Moucherotte, grand consommateur d'espaces agricoles. A moins que l'affaire ne soit déjà à moitié entendue, le conseil général étant propriétaire d'une ferme dans le secteur, au titre de la récupération de l'aide sociale.

Long terme

Alors oui, les questions sont nombreuses, oui, la méthode est de nature à exacerber les positions et oui, la période électorale ne fera rien pour apaiser les esprits, mais nul ne sait aujourd'hui ce qu'en pense vraiment la population concernée, appelée à se prononcer dans le cadre de la concertation préalable volontaire qui se déroulera du 7 octobre au 8 novembre. Les objectifs listés par la Métro sont le développement de nouvelles opportunités et synergies économiques (nouvelles formes d'activités touristiques, mais aussi activités en lien avec les nouvelles technologies de l'information et de la communication...), l'amélioration des déplacements, conjuguée à des objectifs environnementaux, ainsi que le renforcement de l'image et du rayonnement de la région de Grenoble.

Si l'on s'en tient aux élus, du côté de Lans-en-Vercors, autre commune hautement concernée, son maire, Jean-Paul Gouttenoire, voit un projet d'avenir dont le Vercors ne saurait se priver. Mais il considère le projet dans le long terme. « Il faut d'abord passer toutes les étapes, à commencer par la concertation préalable ». Il fait valoir le même intérêt que celui du tram, au début du siècle dernier, qui avait apporté au plateau le développement autour des sports d'hiver et du climatisme. Pour l'édile, les pendulaires (60% de la population active de Lans-en-Vercors) devraient être intéressés. « C'est un transport sécurisé, doux, non polluant ». Pour lui, l'inconnu, sont plutôt les ruptures de charge dans la vallée. Y aura-t-il un transport depuis La Poya jusqu'à la presqu'île scientifique et au-delà ? A leur échelle, les élus du plateau, dans le cadre de la CCMV, réfléchissent aux relais à mettre en place à partir de la future gare de Lans. Enthousiaste, Jean-Paul Gouttenoire attend pourtant des réponses : quel projet sera choisi entre le monocâble, ses petites cabines et ses poteaux implantés tous les 150 mètres ou le fameux téléphérique débrayable 3S, beaucoup plus cher, mais beaucoup plus discret avec ses pylones tous les kilomètres ? D'un point de vue agricole et paysager, c'est bien entendu cette deuxième solution qui a sa préférence. Les autres interrogations portent naturellement sur le montage financier, le prix du ticket, l'implantation des gares. Mais si Jean-Paul Gouttenoire est aussi convaincu par la pertinence d'un tel projet, c'est que l'exemple de Bolzano a fini de lever ses doutes. Le téléporté italien relie en effet une agglomération de 100 000 habitants à un plateau de 7 000 âmes. Le projet estimait la fréquentation à 600 000 passagers/an, elle est aujourd'hui de 1 million de personnes.

En tous les cas, les communes s'entendent sur un point : il leur sera difficile de débourser le moindre million d'euros pour le téléphérique.

Isabelle Doucet
Un mois de concertation préalable
Menée par la Métro et la Communauté de communes du massif du Vercors (CCMV), la concertation préalable volontaire relative au projet de transport par câble entre l'agglomération grenobloise et le plateau du Vercors est la première étape avant la constitution du projet. Elle permet d'associer le public, dès le début des études, à la définition des objectifs et des grandes lignes de ce projet. Une fois recueillies, les observations des habitants feront l'objet d'un bilan de concertation, alimentant les études préalables et les orientations de l'opération.
Réunions publiques :
Grenoble : Jeudi 17 octobre (Direction des territoires, 18h)
Saint-Nizier-du-Moucherotte : Mardi 22 octobre (salle des fêtes, 19h)
Lans-en-Vercors : Lundi 28 octobre (salle des fêtes, 20h30)
Autrans : Mardi 29 octobre (salle des fêtes, 20h30)
Fontaine : Mercredi 6 novembre (salle Edmond Vigne, 18h30)
Villard-de-Lans : Jeudi 7 novembre (La Coupole, 20h30)

 

En savoir plus : 

Marc Baietto suspend la concertation préalable du projet sur le téléphérique d'après France Bleu Isère le 22/05/13

Les détails du projet du téléphérique porté par la Métro et ses arguments.

Le Maire de St-Nizier-de-Moucherotte veut un projet concerté (Vercors TV Juin 2013).