Les agriculteurs de Chartreuse transforment leur avenir en association
Maintenir le cap ou s'en fixer un nouveau ? Réunis en assemblée générale à Saint-Joseph-de-Rivière, les agriculteurs de Chartreuse ne perdent pas le nord. En 2013, leur vaisseau, l'AAC (Association de l'agriculture en Chartreuse), a tangué, mais il a tenu. En langage politique, on appelle ça « une année de transition ». Cela signifie des changements, des incertitudes, des paris sur l'avenir, mais globalement l'association s'en tire bien. Après avoir troqué le « A » de « avenir » pour celui d'« association », l'AAC a entériné le renouvellement de la convention qui la lie au Parc naturel régional (PNR) de Chartreuse et aux deux chambres d'agriculture (Isère et Savoie-Mont-Blanc). Une signature qui pérennise deux postes de techniciens sur le territoire du Parc. « Avec Marion Soubeyrat, la mission agriculture du Parc est de nouveau composée de trois personnes. Ce n'est pas rien, se réjouit Alexandra Lamoureux, la présidente d'AAC. J'espère que nous pourrons conserver cette capacité d'ingénierie le plus longtemps possible.
Innovation
Aprement négociée, cette « victoire » résulte de tractations menées pendant plusieurs mois entre avec les quatre partenaires. Eliane Giraud, présidente du parc, et Jean-Claude Darlet, président de la chambre d'agriculture de l'Isère n'ont pas manqué de le rappeler. Ces négociations n'auraient sans doute pas connu d'issue favorable si les agriculteurs de Chartreuse et l'équipe technique du parc n'avaient pas démontré leur capacité à animer le territoire, voire à innover. Outre les traditionnelles manifestations festives, où les producteurs prennent plaisir à faire découvrir les saveurs chartrousines, les acteurs du monde agricole ciblent désormais de nouveaux publics. Ils proposent notamment l'approvisionnement des courses sportives en produits de Chartreuse ou des « prestations buffets », via les Plateaux des fermes de Chartreuse. A l'instar de ce qui avait été réalisé pour la « viande de Chartreuse », un groupe d'éleveurs a également travaillé à la rédaction d'un cahier des charges pour la création d'une marque Parc attribuée aux fromages et aux produits laitiers au lait de vache.

Parallèlement à ces actions de communication « grand public », l'AAC continue de préparer l'avenir en accompagnant les projets d'installation et de transmission. Animé par Grégory Dupraz, un groupe de travail a été chargé de réfléchir aux questions d'installation, de transmission ainsi qu'à la problématique foncière, véritable casse-tête pour tous les candidats à l'installation. « L'idée est de créer un espace d'information, de discussion et de proposition entre les porteurs de projet, les agriculteurs en démarche de transmission de leur exploitation et les acteurs du foncier, comme les collectivités ou la Safer », explique Alexandra Lamoureux. Une initiative d'autant plus intéressante qu'une vingtaine de projets d'installation sont actuellement recensés en Chartreuse.
Valorisation des prairies
Concernant le développement du territoire, l'AAC s'est impliqué dans trois programmes portés par le parc : le plan pastoral territorial (PPT), le projet européen Vin'Alp pour la valorisation de viticulture autochtone alpine et le Psader de Chartreuse (projet stratégique pour l'agriculture et le développement rural). L'association s'est également investie en 2013 dans de nouveaux projets de valorisation des prairies. En effet, suite à une première réflexion lancée par l'association départementale pour le développement de l'emploi agricole et rural de l'Isère (ADDEAR), un groupe d'agriculteurs isérois a travaillé sur la revalorisation des parcelles dites « pauvres », difficilement mécanisables, pentues ou menacées d'embroussaillement. Certains agriculteurs de Chartreuse ayant manifesté leur intérêt, l'AAC a participé au financement et à l'organisation d'une journée de formation en juin 2013, à Saint-Pierre-de-Chartreuse. « Dans un contexte foncier difficile et avec des aléas climatiques réguliers, l'objectif de cette démarche est de mieux utiliser le potentiel méconnu de ces parcelles considérées comme peu productives », justifie l'AAC, dont le conseil d'administration envisage d'organiser une manifestation technique sur la question. La « Journée de l'herbe » pourrait se dérouler en juin 2015.
Marianne Boilève
Lire les compléments d'informations sur les orientations stratégiques de l'AAC.
Travail : comment lever le nez du guidon ?
En marge de son assemblée générale, l'AAC a proposé à ses adhérents une réflexion sur l'organisation du travail, la productivité et les stratégies pour « alléger la contrainte travail ». Sophie Chauvat, de l'Institut de l'élevage, et Guy Jauneau, de la chambre d'agriculture de l'Isère, ont démontré qu'il était possible de s'organiser pour alléger ses contraintes et sa charge de travail. Lire l'article.MB
Les produits de Chartreuse sur un plateau
Fort du succès rencontré par leurs produits aux Rencontres Brel, une poignée d'agriculteurs de Chartreuse a souhaité aller plus loin et « proposer quelque chose de plus « pro » pour promouvoir les produits locaux ». En octobre 2012, une petite délégation part voir ce qui se fait dans le parc naturel régional du Luberon, où les agriculteurs sont rodés à la vente en collectifs et aux « buffets-fermiers ». L'idée séduit. De retour en Chartreuse, les pionniers se lancent. Entre février et septembre 2013, ils réalisent une dizaine de buffets avec l'appui de l'AAC. A l'automne, les agriculteurs se résolvent à voler de leurs propres ailes et créent « Les Plateaux des fermes de Chartreuse ».L'association compte aujourd'hui une douzaine d'adhérents et une vingtaine de fournisseurs. Elle se donne pour mission de réaliser goûters, buffets-fermiers et autres apéritifs dînatoires en respectant une « règle du jeu » bien précise : présenter (presque) exclusivement des produits de Chartreuse (boissons, charcuterie, préparations culinaires, fromages, laitages, pain, pâtisseries...). Le pari n'est pas facile, mais les producteurs prennent un malin plaisir à se creuser la cervelle pour le tenir. Et ils sont d'autant plus motivés que leur rémunération tient compte non seulement de la valeur des produits fournis, mais aussi du temps passé à préparer le buffet.Conscients de leurs limites et de la nécessité de renouveler constamment leur offre, les membres des « Plateaux » ont pris le parti de se former. En mars, ils vont suivre un stage avec un traiteur pour professionnaliser leur offre et apprendre à travailler leurs produits de multiples façons. Myrtille sur le gâteau : lorsqu'un client signe un contrat avec « Les Plateaux des fermes de Chartreuse », l'association s'engage à faire don des restes consommables à la Banque alimentaire. Car, estime-t-elle, même les pauvres ont le droit de se régaler.Contact: [email protected]MB