Les agriculteurs doutent de l'intérêt réel du projet de téléphérique entre Grenoble et le Vercors.
« Je reprends la ferme familiale de mon père. J'ai 60 hectares en SAU pour un élevage bio de 30 vaches laitières répondant au cahier des charges de l'AOC bleu du Vercors et participant à la collecte Sodiaal de Vercos lait », explique Jérémy Jallat qui voit le projet de téléphérique envahir les terres qu'il exploite. « Ce n'est pas une question d'indemnisation, poursuit-il. Je perds des terrains proches de l'exploitation. Or, j'ai envie de vivre de mon métier. En agriculture bio, nous avons moins de rendements et donc besoin de suffisamment de terres. Plus elles sont proches pour faire paître les vaches et moins nous engageons de frais et produisons du carbone. Les gens d'ici savent à quoi servent les paysans quand il y en a. Ils savent que grâce à eux et grâce aux forestiers, les paysages ressemblent à ce qu'ils sont. Ce qui risque changer, ce sont ces paysages, ce pourquoi les gens aiment habiter ici. » En effet, des terre agricoles et des espaces boisés seront immanquablement réaffectés pour la réalisation du projet de téléporté. Au moins deux exploitations sont directement concernées et deux autres de façon indirecte, la commune de Saint-Nizier-du-Moucherotte étant, selon le tracé, traversée dans toute sa longueur. Alors les habitants du plateau essaient de comprendre les enjeux qui accompagnent le téléphérique.
Echanges pendulaires
Ce n'est pas tant le transport par câble qui pose problème, mais sa pertinence. Le projet suscite autant d'interrogations que de réflexions. A commencer par le prétexte des échanges pendulaires. « 3 600 usagers du canton descendent travailler dans l'agglomération grenobloise, contribuant à 3% des bouchons. Ce problème ne semble pas de nature à être résolu par un téléporté », avance Gérard Leu, un des membres de l'association Vercors à cœur qui rassemble déjà 250 adhérents. Leurs raisons de rejoindre le mouvement des sceptiques sont nombreuses, à commencer par l'utilité d'un tel transport. Les temps de transport ne semblent pas compétitifs, sans parler des ruptures de charges et de la nécessité, de toute façon, de prendre une voiture pour rejoindre une gare. L'argument du développement touristique interroge également : « Quelle famille arriverait à Lans avec son matériel de ski pour attendre une navette ? Et l'été, il y a du monde partout dans le massif, les gens ne se promènent pas toujours au même endroit autour de Lans », explique le membre de l'association. Il balaie également l'argument de l'empreinte écologique, qu'il juge insignifiante. Alors que reste-t-il ? Une image de marque pour Grenoble ? Un intérêt économique pour les entreprises de la région et leader du transport par câble ? A qui profite le téléphérique ? Sans doute pas aux agriculteurs.