« Les agriculteurs ont besoin d'une vision claire »
FRSEA Auvergne-Rhône-Alpes / Le monde agricole est traversé par des tensions légitimes qui sont la conséquence directe d'un défaut de réponse du Gouvernement, selon David Chauve, président de la FRSEA Auvergne-Rhône-Alpes, qui appelle à dépasser la surenchère et à agir avec pragmatisme dans l'intérêt de tous les agriculteurs.
Ces dernières semaines, la colère agricole s'est exacerbée avec la dermatose nodulaire contagieuse. Une maladie à laquelle a été confrontée la Région dès le mois de juin. Comment analysez-vous la situation ?
David Chauve : « Les tensions sont effectivement à mettre en lien avec l'arrivée de la dermatose nodulaire contagieuse dans le Sud-Ouest. Mais pour être tout à fait honnête, la DNC est la goutte d'eau qui fait déborder un vase déjà bien plein. Elle est la conséquence directe d'un défaut de réponse du Gouvernement sur un certain nombre de sujets que notre réseau FNSEA-JA porte depuis les manifestations de l'hiver 2024. Deux ans plus tard, force est de constater que certaines mesures ont abouti, d'autres pas. C'est pourquoi, nous restons pleinement mobilisés, et que nous estimons que la colère légitime des agriculteurs vaut plus qu'une hystérisation du débat et une récupération politique. »
Pour revenir à la DNC, le protocole sanitaire est décrié malgré l'unanimité scientifique et les retours d'expérience d'autres pays. Comprenez-vous le désarroi des éleveurs ?
D.C. : « La DNC est arrivée dans notre région fin juin. Le protocole, certes lourd et éprouvant pour les éleveurs, imposé par l'État a fonctionné lorsqu'il a été scrupuleusement respecté au point que la maladie a été éradiquée dans les Savoies. Écoutons et respectons les scientifiques et nos vétérinaires avant tout. Le niveau de responsabilité des éleveurs touchés et des responsables qui ont accompagné les exploitations à faire face à cette maladie totalement inconnue en France jusqu'ici est exemplaire. N'oublions jamais que ces éleveurs ont sacrifié individuellement leur cheptel pour le bien collectif alors que l'impact humain est terrible, il faut en avoir conscience ! L'impact humain des élevages touchés dans le Sud ces jours-ci est tout aussi important mais l'ambiance de contestation dans laquelle est gérée la maladie n'est pas responsable et sérieuse car ce sont certainement des mouvements illégaux d'animaux de zone réglementée à zone indemne depuis quelque temps qui sont une fois de plus à l'origine de la propagation du virus d'un département à l'autre mais pas les vecteurs classiques (mouche, taon…). C'est une maladie de catégorie A très sérieuse, chacun doit tout mettre en œuvre pour préserver le cheptel français car l'enjeu est celui-là que ça plaise ou non. En tant que responsable, on se doit de dire la vérité aux éleveurs tant sur l'enjeu sanitaire que sur le volet commercial lié aux impacts de la vaccination à large échelle. Garder le statut indemne de DNC en France doit faire partie des priorités. »
Sur le Mercosur, la mobilisation du 18 décembre à Bruxelles des agriculteurs français aux côtés de leurs homologues européens a contribué à faire bouger les lignes. L'accord peut-il bel et bien échouer ?
D.C. : « La FNSEA et les JA mènent le combat contre le Mercosur depuis toujours. Ces derniers mois, la France est apparue affaiblie face à l'Allemagne. Le deal historique de l’industrie à l'Allemagne et l'agriculture à la France ne tient plus. La présidente Von Der Leyen défend plus les intérêts Allemands que les intérêts européens qui a priori ne fait pas de l'agriculture une priorité. Mondialiser des voitures ou des morceaux de viande n'est pas la même chose… il y a juste un enjeu de santé publique au milieu. Nous demandons donc à nouveau fermement au Président Macron qu'il réunisse une coalition