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Elevage

Parler d’une seule voix

La Chambre d’agriculture de l’Isère a organisé son premier comité d’orientation de l’élevage afin d’élaborer une stratégie commune face aux nombreux enjeux auxquels la filière est confrontée.

Par Isabelle Doucet
Parler d’une seule voix
© ID TD
Les ateliers, lors du comité d'orientation de l'élevage, le 4 février à la Chambre d'agriculture de l'Isère.

Confrontée à des défis de renouvellement des générations, de viabilité des exploitations, de changement climatique et de pression sanitaire, la filière élevage iséroise a besoin de s’armer pour durer.

C’est la raison pour laquelle la Chambre d’agriculture de l’Isère a organisé, le 4 février dernier, son premier comité d’orientation élevage. « Je souhaite que nous construisions tous ensemble une réponse collective entre nos structures pour faire face à ces enjeux », a déclaré Aurélien Clavel, le président de la chambre, en ouverture des travaux.

Éleveurs, administrations, syndicats, financeurs, banques, assurances, une soixantaine de représentants des organisations professionnelles agricoles (OPA) et des institutions étaient réunis pour cette journée d’étude. « L’objectif est de faire ressortir des orientations à court et moyen terme », a repris Aurélien Clavel.

« Unir nos forces et nos moyens »

Toutes et tous étaient dans l’attente de « concret ». Il est d’ailleurs ressorti de cette journée une volonté de construction d’une stratégie commune à l’échelle départementale, renforcée par des outils collectifs et une communication appropriée, ainsi que des priorités données à la santé économique des exploitations et aux reprises-installations.

C’est en ce sens qu’œuvrent les syndicats du bleu du Vercors-Sassenage AOP et du saint-marcellin IGP. « Nous voulons collectivement unir nos forces et nos moyens pour définir une stratégie et parler installation-transmission », déclarent d’une même voix Christelle Hustache et Sylvie Colombier, les représentantes des deux interprofessions.

« L’élevage isérois disparaît du paysage du département et il est grand temps de s’en occuper. Nous avons besoin d’être reconnus et compris du grand public », lance ainsi Guillaume Noël-Baron, le président du Syndicat des éleveurs de l’Isère qui constate le fossé qui s’est creusé entre l’élevage et les citoyens.

Constat partagé par Sylvain Bernard, président de l’APFI (1) et éleveur de chèvres : « Notre clientèle a une vision de plus en plus délirante de notre métier ». « C’est une journée que j’attendais depuis dix ans, confie de son côté Sébastien Luyat, éleveur en Matheysine et administrateur Adice. Il faut arriver à se parler. »

Un message commun

L’après-midi a donc été consacrée au travail en ateliers afin de dégager des pistes d’actions concrètes. Les participants ont planché sur la communication, le renouvellement des générations, l’économie et la performance, le changement climatique et le bien-être.

Le sujet du renouvellement des générations est transversal à toutes les OPA, qui mettent à leur niveau certains dispositifs en place (prêts garantis Sodiaal, contrats engraissement Sicarev, par exemple).

Mais les freins restent la question de l’anticipation de la transmission, un certain décrochage de l’enseignement agricole et une faible attractivité du métier. Il a aussi été décidé de porter un message commun sur la Déclaration d’intention de cessation d’activité agricole (Dicaa) pour identifier les exploitations à enjeu de transmission.

Des rencontres avec les centres de formation devront aussi être programmées. « C’est l’affaire de tous », a insisté Héloïse Gonzalo, la directrice de la chambre d’agriculture.

Dans l’atelier économie-performance des exploitations animé par Romain Lecomte, directeur conseil, innovation et RSE à Cerfrance, celui-ci a insisté sur la formation des futurs installés à la gestion des exploitations.

Il a aussi plaidé pour la mise en place de solutions collectives dans la gestion des dépenses et l’appropriation de certains outils pour valoriser les produits. « Il existe des formations sur Egalim à l’intention des OP, a insisté Aurélien Clavel, je ne comprends pas pourquoi les gens ne participent pas. »

Des journées dédiées

Le sujet du changement climatique et de ses effets sur l’agriculture mobilisera des aides à l’investissement ou en cas de crise. Risque assurantiel, gestion des élevages, modernisation des bâtiments, nouvelles pratiques agronomiques, valorisation des coproduits, adaptation des cahiers des charges des Siqo (2) : c’est tout un plan d’action qu’il convient de mettre en œuvre et autour duquel il est nécessaire de communiquer.

Jean-François Perret, chef de service transition des systèmes agricoles à la Chambre d’agriculture de l’Isère, propose d’organiser des journées techniques dédiées au changement climatique.

Quant à la question du bien-être en élevage, là aussi des choses existent en matière de prévention, mais Aurore Tosti, directrice du GDS Isère et animatrice de l’atelier, préconise « d’agir en amont » et de « sensibiliser les techniciens de toutes les OPA à des formations sentinelles de la MSA ».

Elle ajoute : « Le sentiment de mal être véhicule une image négative du métier. Il faut faire tomber certains tabous. Par exemple, c’est normal de prendre des vacances ! ».

Enfin, l’atelier communication avait fort à dire tant les agriculteurs ont pris conscience que c’est sur ce terrain que beaucoup se joue.

Parler d’une même voix, rester positifs, capter les jeunes sur les réseaux sociaux, avoir une communication grand public, mais aussi envers les professionnels : il a été proposé de se rendre auprès des enfants des écoles primaires, d’élaborer une stratégie réseaux sociaux inter OPA, d’organiser des événements grand public et de communication positive.

La Chambre d’agriculture de l’Isère s’est chargée d’élaborer une feuille de route et Aurélien Clavel, son président, a demandé « que chaque structure prenne des engagements », avant de se revoir dans un an.

Isabelle Doucet

(1) Association des producteurs fermiers de l’Isère.(2) Signes officiels de qualité et d’origine

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