Petite surface peut rapporter gros
Ils sont maraîchers, producteurs de fruits et légumes ou éleveuse d'émeus et ont trouvé la voie d'une agriculture rentable sans se renier. Les parcours sont parfois atypiques, mais au final, l'efficacité a rendez-vous avec le consommateur. C'est le cas d'Etienne Manzoni, de la ferme Manzoni, installé depuis 2006 dans le Grésivaudan, d'abord à Saint-Pierre-d'Allevard, puis à Saint-Hélène-du-Lac en Savoie. Ses vergers sont situés à Saint-Maximin et il vient d'achever sa conversion bio. « Je n'aurais pas voulu donner aux clients des produits que je ne voudrais pas manger ». L'arboriculteur possède 3,3 hectares de vergers de pommiers, poiriers et pêchers et cultive également des petits fruits, mures, groseilles, cassis et framboises essentiellement. Il transforme 90% de sa production. Partant du constat qu'il existe un marché bio local et que les circuits de distribution sont présents à son échelle, il a fait le choix d'une production de qualité, se limitant à de petites surfaces. Etienne Manzoni reconnaît que la question du juste prix est au cœur de la rentabilité d'une exploitation. « Le prix n'est pas le même en fonction des exploitations. Il faut déterminer le prix de revient pour calculer un prix de vente correct, c'est-à-dire que le produit se vende et rapporte de l'argent. L'intérêt de la vente directe, c'est que nous pouvons expliquer cela au consommateur. » L'agriculteur a trouvé une solution pour alléger ses charges de main-d'œuvre, il pratique depuis deux ans le woofing* et échange donc le gîte et le couvert contre une main-d'œuvre largement cosmopolite. « Les gens viennent d'Alaska, de Corée ou d'Italie. Ils restent 15 jours ou plusieurs mois. Les relations que nous nouons vont au-delà du simple échange de services et c'est une ouverture d'esprit pour l'ensemble de la famille. » Etienne Manzoni s'est affranchi sans trop de difficultés de la certification bio, la considérant comme une étape indispensable et lourde, mais limitée à l'année d'instruction. Ses produits tranformés sont dûment labellisés, soit une quinzaine au total. Enfin, l'agriculteur conduit son exploitation en jouant sur l'étalement de la maturité des variétés. Conscient de ses limites, il fait sous-traiter les gros fruits.
Plants de jardiniers
C'est une encore plus petite exploitation que possèdent Anahid et Rémy Blacher, maraîchers bio à Mens dans le Trièves. A 800 mètres d'altitude, ils cultivent un petit peu plus d'un hectare, « on a beaucoup galéré », et appartiennent au Groupe installation agriculture Trièves (Giat), un groupe de veille d'élus et d'agriculteurs sur la libération de terres agricoles en direction de personnes désireuses de s'installer. Ces producteurs de légumes, qui possèdent deux serres de 120 m2 pour les tomates, haricots ou aubergines, se sont lancés dans la diversification pour combler l'arrivée tardive des légumes. « Nous produisons des plants de légumes pour les jardiniers amateurs », explique Rémy Blacher, qui a ainsi trouvé un moyen de dégager de la trésorerie pour son exploitation en début d'année. « Nous obtenons un retour sur production rapide, en un mois et demi, cela avec peu d'investissement : du terreau et des semences », poursuit-il. De sorte que 8 000 plants de tomates repiqués « à la main », lui garantissent un quart de son chiffre d'affaires. L'ensemble est produit sous une troisième serre isolée mais non chauffée, spécialement dédiée aux plants. La production, adaptée au climat de montagne, est livrée localement. L'exploitant, qui cultive environ 25 variétés, appartient au réseau de semences paysannes et « milite pour l'accès à l'immense répertoire végétal ». Il s'est engagé dans la démarche bio, bien avant de se déclarer en tant que tel, « pour que les gens découvrent d'abord la qualité des produits » et trouve, lui aussi, que la certification, qui ne coûte « que » 400 euros, dont la moitié est prise en charge par la Région, est une marque d'engagement pour le consommateur. Poursuivant sa diversification, le couple s'est engagé depuis quatre ans dans la transformation, en commençant par la choucroute, à raison de 500 kg par an, et bientôt une tonne. « Puis ma femme a souhaité créer des recettes originales en préparant des pâtés végétaux. Mais si ces produits étaient courus il y a quatre ans, ils entrent maintenant dans les habitudes, et il nous faut trouver d'autres débouchés », reconnaît le maraîcher.
Innover, transformer, vendre en direct : pour évoluer, ces agriculteurs ne cessent de s'interroger sur leur métier. Le réseau, le tissu associatif , l'Adabio et la chambre d'agriculture peuvent les accompagner dans leur démarche, à l'image des formations au prix de revient que dispense l'organisme consulaire.
Isabelle Doucet
* De l'acronyme WWOOF pour Willing worker on organic farms ou travailleur bénévole dans une ferme biologique
Insolite / A Saint-Martin-d'Uriage, Nicole Ozenne conduit depuis 2010 un élevage d'émeus et de poules pondeuses bio, relevant un défi inattendu.
