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EAU

Plus de pluie, moins de neige et après ?

La commission locale de l’eau Drac-Romanche a placé la question du changement climatique et de l’adaptation du territoire au cœur de la révision de son schéma d’aménagement et de gestion des eaux (Sage). Rencontre avec les scientifiques.
Plus de pluie, moins de neige et après ?
Plus on se rapproche et plus l’incertitude est grande en matière d’analyse climatique. C’est une question d’échelle. A celle de la planète, le Groupement intergouvernemental d’experts sur le climat (GIEC) a finalement réussi à faire comprendre que le réchauffement climatique n’était pas une lubie et qu’il était bien lié à l’activité de l’homme. Avec quelle ampleur ? Réponse à l’automne avec le nouveau rapport, qui, dit-on déjà, risque d’être autant - voire plus - pessimiste que le plus pessimiste des scénarii de 2007, qui prévoyait un gain de 4° d’ici à la fin du siècle. Ramené à l’échelle locale, c’est un peu comme si Lyon prenait la latitude d’Athènes.
Pour autant, c’est bien les prospectives à l’échelle du territoire qui intéressent la Commission locale de l’eau (Cle), en charge de la révision du schéma d’aménagement et de gestion des eaux (Sage) Drac-Romanche. Aussi la commission avait-elle invité les plus grands experts de la place (Météo France, Irstea, INPG et EDF) pour mesurer l’impact du changement climatique en matière d’eau et d’aménagement du territoire. Dresser un état des lieux, identifier les vulnérabilités, appréhender la disponibilité de la ressource en eau, les conséquences de l’évolution climatique sur les usages sont autant d’axes de travail pour la Cle.

Fonte des glaciers

Pour le météorologue Serge Taboulot, les Alpes ont déjà vu leur température augmenter d’un degré en un siècle, été comme hiver. Assorti à cela, la région s’achemine vers un climat légèrement méditerranéen, avec des précipitations d’automne. L’évapotranspiration des sols se développe, la neige en basse altitude se raréfie et l’on assistera, à l’horizon 2030-2050 à de probables variabilités entre les saisons. Avec deux bémols : le bassin versant Drac-Romanche est situé à la charnière entre les Alpes du Sud, du Nord et du Centre, qui connaîtront, d’ici à la fin du siècle, des taux d’enneigement très différents. Ensuite, ces données demeurent insuffisantes pour mesure l’impact hydrologique.
Les scientifiques se sont aussi penchés sur l'avenir des glaciers. Autant dire que cela ne va pas fort. Ils ne cessent de fondre et de déstocker depuis 30 ans, et perdent 8% de leur surface par décennie. Les fontes démarrent plus tôt dans la saison et sont plus intenses. « Il faudrait une augmentation de 30% des précipitations pour compenser une augmentation de la température d’un degré », souligne Emmanuel Thibert, ingénieur de recherche à l'Irstea. Pour les petits glaciers, on l’a compris, tout est déjà joué. Les majors ont, eux, un peu de répit ; leur capital ne sera pas définitivement entamé d’ici à la fin du siècle. De sorte que, en matière de ressource glaciaire, les bassins versant du Drac et de la Romanche sont aujourd’hui à un pic d’apport en eau, en raison de la réduction des surfaces des glaciers, mais le phénomène ne devrait pas durer plus de quelques années.
D’ici à 2050, le ratio pluie/neige va changer. La neige arrivera un mois plus tard, et fondra un mois plus tôt. Le phénomène devrait s’accentuer à partir de 2090, avec des pluies plus importantes en hiver et plus rares en été, ainsi qu’une évapotranspiration croissante et des risques de ruissellement plus soutenus. « Les étiages sur la Romanche seront plus sévères », note Charles Obled, hydrologue et professeur émérite INPG. Manquent à ces résultats des indications sur les nappes d’eau.

Des retenues collinaires

Pour Charles Galvin, vice-président du conseil général et président de la Cle Romanche, le sujet du réchauffement climatique s’est imposé au comité de bassin. « On ne peut pas ignorer ce qui risquera de se passer lorsqu’il n’y aura plus de glacier. Quelles seront les conséquences pour les populations de la baisse des ressources en eau, des crues ? L’agriculture est très concernée par ces sujets. Nous menons une réflexion pour la mise en place de retenues collinaires, à l’image de ce qui a été fait avec les réserves pour la neige de culture. Pourquoi ne pas anticiper et repérer les sites et les cours d’eau où les problèmes risquent de se poser ? Sans quoi, l’agriculture pourrait souffrir. » Le Sage met également un point de vigilance sur la préservation des zones humides, qui sont une priorité à l’échelle européenne. La révision du Sage Drac-Romanche devrait être bouclée d’ici à la fin de l’année, puis soumise à enquête publique en 2014.
Isabelle Doucet
Un vaste territoire
D’une superficie de 2 500 m2, le territoire Drac-Romanche compte 119 communes réparties entre zones urbaines, périurbaines, rurales et de montagne. Il abrite 370 000 habitants et dispose d’une forte ressource en eau largement exploitée. Les bassins Drac-Romanche et Durance comptent 289 glaciers, qui représentent une superficie de 70 km2.