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SECURITE

Séchilienne, une dégradation certaine

De nouveaux travaux routiers et hydrauliques sont engagés pour sécuriser le secteur des Ruines de Séchilienne, mais la menace d?éboulement demeure.
Séchilienne, une dégradation certaine

Les trois millions de m3 de matériaux, épée de Damoclès à l?aplomb de l?île Falcon, ont beaucoup bougé ces derniers mois. Pluie, neige : l?eau qui s?infiltre a fait travailler les Ruines de Séchilienne, provoquant même un éboulement de 1 000m3 le 27 avril dernier. Depuis 28 ans, ce secteur hypersensible de la vallée de la Romanche fait l?objet d?une surveillance des plus étroites. Pas moins de 130 capteurs de toutes sortes sont répartis sur 70 hectares. La commission locale d?analyse et d?information sur le risque de Séchilienne se réunit régulièrement pour estimer l?évolution du risque. Justement, le dernier rapport du collège d?experts, présenté en préfecture de l?Isère la semaine dernière, vient affiner cette connaissance. Certes les trois millions de m3 de matériaux finiront un jour au point le plus bas de la vallée, mais il convient d?évaluer le quand et le comment. « L?hypothèse d?un éboulement en une seule fois est peu probable ; mais l?ensemble des parades sont fondées sur celle-ci. La réalité vraisemblable est celle d?un éboulement en plusieurs phases, de volumes d?environ 2 000 m3 », explique le professeur Marc Planet, président du comité d?experts. Le préfet Richard Samuel complète le propos en indiquant que « le risque d?éboulements successifs concernant la masse de 3 millions de m3 est à envisager à moyen terme, c?est à dire sur 20 ans ». Le risque le plus fort ne devrait pas dépasser celui de 2006, soit la chute de 30 à 40 000 m3, voire une centaine de milliers de m3 tout de même. Ces dernières années, la masse a bougé de plusieurs mètres et même de plusieurs centimètres par jour au printemps dernier.

Une route en hauteur

Mais la commission se veut rassurante. D?abord parce que toutes les parades sont déjà dimensionnées au risque maximum. Ensuite, parce que les derniers habitants de l?île Falcon ont quitté la zone dangereuse depuis 2011. Pour gérer durablement le risque, une nouvelle déviation routière de la RD 1091 est engagée. Elle sera mise en service à l?automne 2016. Cette deux fois deux voies d?une longueur de 1,5 km, sera tracée à 30 mètres au-dessus de la vallée, éloignant définitivement la circulation des Ruines de Séchilienne. Le montant des travaux s?élève à 30 millions d?euros, dont 73% pris en charge par le conseil général, le reste relevant de fonds de l?Etat et de l?Europe. Quant à la parade hydraulique, elle consiste à redimensionner la rivière pour faciliter l?écoulement de l?eau en cas de constitution d?un barrage naturel sur la Romanche. Celui-ci serait le résultat de la formation d?une forte retenue liée à un éboulement des ruines, conjugué à un risque de crue centennale. Des travaux sur les berges et les digues sont donc engagés dans un secteur de 15 km de long pour un montant de 28 millions d?euros, financés par l?Europe, la Région, les intercommunalités, l?Agence de l?eau et le conseil général. Le chantier s?achèvera début 2016. Quant à la plaine de l?île Falcon, qui représente 200 hectares inondables en cas de crue, elle fait l?objet d'un projet d'espace naturel sensible (ENS) et donc de mesures de compensations dans le cadre d?un programme de restauration de la faune et de la flore, financé par des fonds liés au chantier EDF de Gavet, le Symbhi et le département.

Isabelle Doucet