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Jeunes Agriculteurs

« Seul, on va plus vite, ensemble on va plus loin... »

Réunis début février en assemblée générale à Saint-Geoire-en-Valdaine, les JA ont conclu leurs débats par une table ronde sur le thème de l'engagement. L'occasion de rappeler les acquis obtenus grâce au combat syndical et la nécessité, pour les agriculteurs, de prendre leur destin collectif en main.
« Seul, on va plus vite, ensemble on va plus loin... »

Avec près de 150 porteurs de projet chaque année, l'Isère affiche le taux de renouvellement des actifs agricoles le plus dynamique de la région Rhône-Alpes. Un dynamisme que l'on retrouve chez les Jeunes Agriculteurs, réunis en assemblée générale le 6 février dernier, même si le syndicat, comme beaucoup d'associations, déplore une crise des vocations. Deux cents adhérents, ce n'est pas négligeable, mais trop peu au regard des actions à porter. D'où l'idée de lancer un appel aux bonnes volontés en organisant une table ronde sur le thème de l'engagement.

A la tribune, trois hommes, trois profils différents : Francis Hannequin, agriculteur à la retraite, engagé dans le combat syndical et la vie associative depuis l'âge de 20 ans, David Lafont, producteur laitier dans l'Ain et ancien président des JA Rhône-Alpes, et Charles Fanget, architecte et directeur de la commission Agri-Talent. Tous trois sont revenus sur les origines de leur engagement et ont appelé les jeunes présents dans la salle à se mobiliser. Elise Michallet, agricultrice et vice-présidente des JA du Rhône, leur a emboîté le pas : « Il n'y a pas de petit ou de grand engagement, il y a de la place pour chacun de vous, dans les OPA, les coopératives, les Cuma, les conseils municipaux... »

Pour tous les responsables présents dans la salle, l'important est de faire entendre la voix des agriculteurs. « La vie, ce n'est pas que chez soi, observe Francis Hannequin. Il faut défendre la profession et porter la parole des autres. Quand on voit ce que ça peut apporter à un collègue en difficulté, comment le syndicat peut aider à récupérer une grande partie de ce qu'il a perdu, ce n'est pas rien. »

Assurer la relève

Installé en 2001, David Lafont ne le démentira pas. Il raconte qu'il a bénéficié de l'appui de l'organisation professionnelle à ses débuts et que c'est la raison pour laquelle il a voulu, en retour, apporter sa pierre à l'édifice. « Il est essentiel de prendre la relève de la génération qui s'arrête, ajoute le jeune syndicaliste. Si l'agriculture est encore un peu écoutée aujourd'hui, alors que les agriculteurs ne représentent que 2% de la population, c'est parce que nous avons une organisation qui fait qu'on nous écoute. Il faut avoir conscience que si on ne s'engage plus, personne ne le fera à notre place. »

Fils d'agriculteur ardéchois, Charles Fanget pourrait presque s'inscrire en faux : s'il est devenu architecte, c'est qu'il n'a pas pu reprendre l'exploitation familiale. Trop difficile. Alors il s'est engagé autrement : « Je connais bien les difficulté des agriculteurs. J'ai voulu les soutenir par le biais associatif, et notamment à travers le projet Agri-Talent, qui cherche à valoriser le métier et le savoir-faire des jeunes agriculteurs. »

A une époque où la tendance est au repli sur soi, inciter ses concitoyens à s'engager apparaît comme une gageure. « Il faut prendre conscience que tout ce qu'on a acquis, tout ce que nous avons aujourd'hui, c'est parce que d'autres se sont battus avant nous », rappelle David Lafont. Pour appuyer son propos, le jeune syndicaliste prend l'exemple du foncier et invite ses collègues à prendre part au débat démocratique, notamment lors des prochaines municipales. « La politique de la chaise vide, ça ne marche jamais, martèle-t-il. La vision du foncier évolue selon les situations et les problématiques. Quand on est agriculteur, c'est vital. Si le terrain est constructible, ça peut constituer un bon complément de retraite. Et là, un agriculteur peut voir les choses autrement quand il cesse son activité... Il faut être présents dans les conseils municipaux. Attention : les listes sont bientôt closes. » Fabien, un jeune agriculteur de Saint-Antoine-l'Abbaye rétorque qu'il s'est engagé, lui, mais qu'il n'a pas pu tenir les six ans du mandat : incompatible avec sa charge de travail dans l'exploitation. « C'est vrai qu'on ne peut pas être partout à la fois, reconnaît l'ancien président des JA Rhône-Alpes. Mais le service de remplacement est à la disposition des JA qui veulent s'investir. »

Dans la salle, la question de l'articulation entre vie syndicale, vie professionnelle et vie familiale taraude les esprits. « C'est vrai que l'engagement a des conséquences sur l'organisation de la vie professionnelle comme sur la vie privée, admet Francis Hannequin. Il faut commencer par en discuter. Il y a des choses qui sont possibles, à condition de s'organiser et répartir le travail. » Elise Michallet rappelle que l'engagement au féminin soulève d'autres contraintes encore : il y a les enfants, la maison... en plus de l'exploitation.

Indemnisation

Unanimes, les militants reconnaissent que l'engagement, syndical ou associatif, coûte souvent plus qu'il ne rapporte. « Une action syndicale, c'est long, ça représente beaucoup d'énergie, souvent pour peu d'avancée », concède David Lafont. Francis Hannequin en profite pour soulever la question de l'indemnisation des professionnels qui s'engagent : « Ce n'est pas un métier. Pour ma part, j'ai toujours rayé l'indemnité « perte de temps ». Je ne perdais pas du temps : j'en passais. Et ça, c'est vrai que ça mérite d'être indemnisé. »

Mais le combat, quelle que soit la forme qu'il prenne, apporte aussi beaucoup de satisfaction. « On s'enrichit sur le plan intellectuel et moral à rencontrer des personnes qui vous permettent de progresser, de devenir plus fort. » De son côté, David Lafont souligne l'aspect formateur de l'expérience : « Les JA, c'est une porte d'entrée. C'est là qu'on fait ses classes. Et ça permet d'avoir confiance en soi. En juin 2008, quand on a bloqué le port Edouard-Herriot, on a fait déplacer le préfet de région : je n'y croyais pas... » Et à tous ceux qui seraient tentés de dire que le combat ne sert à rien ou que les jeux sont faits d'avance, le jeune syndicaliste réplique : « Imaginez s'il n'y avait pas d'action... Si toute la profession fait bloc, ça ne va peut-être pas avancer, mais en tout cas, ça ne reculera pas. » Et de conclure par un proverbe africain : « Seul, on va plus vite. Mais ensemble, on va plus loin. »

Marianne Boilève

Les JA demandent plus de visibilité et de souplesse

« A quand la norme de sauvegarde du premier protecteur de la nature qui n'est autre que le paysan ? », se demande Alexandre Millon. Dans son allocution, le président des JA du canton de Saint-Geoire-en-Valdaine, qui accueillait l'assemblée générale du syndicat isérois, rappelle les effets désastreux de la conjonction entre le manque de visibilité et l'accroissement des contraintes normatives. Sourires désabusés dans la salle. La lourdeur administrative, les jeunes en font l'amère expérience dès leur installation. « La DJA (dotation d'installation aux jeunes agriculteurs), c'est tellement compliqué, qu'en zone de plaine, ça vaut même pas le coup de la prendre », grogne un jeune. Un autre s'insurge contre la rigidité du plan de développement de l'exploitation (PDE) : « Je me suis installé en avril. Le PDE, il faut le prévoir sur cinq ans. Mais comment anticiper sur cinq ans ? » Aurélien Clavel, président des JA Isère, saisit la balle au bond : « Sur le papier, le PDE permet quand même de voir si ça passe ou pas. Il donne une idée des orientations à prendre. C'est vrai que c'est compliqué. Les JA se battent tous les jours au niveau national pour simplifier les démarches. Nous proposons que le PDE soit un vrai outil de gestion, plus souple. Des avancées ont été obtenues en ce sens, mais il faut aller plus loin : il ne faut pas que le PDE soit figé sur cinq ans. »
Autre dossier épineux évoqué au cours de l'assemblée générale : la question des céréales à paille. Les intempéries ont perturbé les semis. De nombreux agriculteurs risquent de manquer de paille au cours de l'hiver prochain. Jérôme Martin, président des JA de l'Ain, suggère répertorier l'offre et la demande et de mobiliser les réseaux JA/FDSEA. Aurélien Clavel propose de mettre en place un système d'échange entre éleveurs et céréaliers, qui permette de « mettre en relation ceux qui ont des surplus avec ceux qui ont des besoins ».
MB
Mobilisations, formation, communication... L'essentiel du bilan de l'action des JA de l'Isère en 2013 est à retrouver sur terredauphinoise.fr