L'abattoir au plus près des éleveurs
C'était une première pour l'abattoir de Grenoble : être présent à la Beaucroissant sous sa nouvelle appellation, Pôle viande coopératif. « Un nom qui permet de représenter l'ensemble des partenaires », insiste Eric Rochas, qui assure la gouvernance de la Société coopérative d'intérêt collectif (Scic) depuis son changement de statut, en janvier dernier. En quelques mois, le dossier de l'abattoir a encore évolué. Il y a eu l'épisode de l'avis négatif rendu par la région et vite contrebalancé, laissant enfin la place aux projets d'investissement. Pas moins de deux millions d'euros seront engagés par la ville de Grenoble et le conseil général dans l'outil de production, dans les mois à venir. La priorité est donnée à la rénovation en vue de la réduction des coûts énergétiques et au redimensionnement de l'outil, au regard du tonnage d'équilibre, qui s'établit à 2 300 tonnes. La bouverie a déjà bénéficié de travaux de rénovation, de même que la chaîne d'abattage.

« Mais nous avons surtout travaillé à l'amélioration du service, notamment en salle de découpe, où nous avons recruté un nouveau responsable », poursuit Eric Rochas. Pour continuer sa route, l'outil coopératif, qui emploie 21 personnes, a dû entièrement se remettre en question. C'est le travail réalisé par l'équipe de coopérateurs, qui se réunit tous les mardis pour assurer le fonctionnement et décider des orientations de l'abattoir. Au niveau opérationnel, chacun a été responsabilisé, démarche d'autant plus aisée que les salariés sont eux-mêmes actionnaires de la Scic. La société fonctionne désormais avec des pôles : bouverie, administratif, abattage, salle de découpe. « Ca marche à la condition que tout le monde s'investisse », reconnaît Eric Rochas. Autour de lui, l'équipe de volontaires, toutes professions confondues, est devenue un groupe d'amis. « Nous ne nous connaissions pas, mais nous nous sommes vus toutes les semaines, pendants deux ans », forcément, ça crée des liens.
La présence du Pôle viande coopératif à la Beaucroissant a permis de renouer des liens avec les éleveurs qui s'étaient écartés de l'outil. « On rencontre nos clients actuels et futurs. Leurs remarques nous aident à grandir. C'est à nous d'adapter le service à la demande », poursuit Eric Rochas. A preuve, une rencontre était organisée sur la foire avec les éleveurs ovins pour réfléchir à la meilleure organisation de l'abattage des bêtes pour la fête de l'Aïd-el-Kébir, le 15 octobre prochain. L'abattoir de Grenoble reste un outil de proximité s'intégrant à une chaîne de production. Il est le seul à traiter toutes les espèces. Sa situation idéale, à l'entrée de Grenoble, lui permet d'espérer que d'autres professionnels des métiers de la viande puissent s'installer dans ses locaux.
Isabelle Doucet
Une citerne à tout faire
Les citernes souples fabriquées à Pont-Evêque par l'entreprise Labaronne Citaf, ne sont pas encore connues de tous. Alors, même si le fabriquant expose déjà depuis sept ans à la foire de Beaucroissant, ses produits suscitent toujours des interrogations. « Les gens pensent qu'il s'agit d'un matelas d'eau », plaisante Kamela Hadjbi, l'attachée commerciale. Au milieu des machines agricoles, le stand connaît toujours beaucoup de passage. « Les gens viennent par vagues. Nous avons beaucoup de demandes pour du stockages d'eau, potable ou non, des effluents, de l'engrais liquide, des boues ou de la récupération d'eau de pluie ». Quelques affaires se concluent sur la foire, beaucoup après. Particuliers, professionnels, agriculteurs : la citerne répond à tous les besoins. Le produit phare est la citerne souple réserve incendie de 120m3, qui intéresse les industriels comme les collectivités ou le monde agricole. Les plus grands contenants peuvent atteindre les 1500 m3, après quoi, le constructeur passe aux citernes semi-enterrées. Et puis, en fin de foire, la société brade toujours la petite citerne d'exposition de 2m3. « Avant, nous ne venions pas à la Beaucroissant, mais nous avons fait le choix, il y a sept ans, de participer à une foire locale et de tester le marché. Le milieu agricole s'est beaucoup développé et nous avons intérêt à faire connaître nos produits », poursuit la jeune femme. Le fabricant de citernes propose cette année un nouveau service « maintenance, installation, location » afin de faciliter l'implantation de ses réservoirs chez ses clients.
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Nom d'un cheval
« On vient depuis un paquet d'années », lance Alain Fournier avec son accent chantant. Cet éleveur équin de Bagnols-sur-Cèze, membre de l'association « Les chevaux du soleil » présentait quatre chevaux de selle dans le foirail. « Mais on ne fait rien, c'est la crise financière. Les particuliers ne placent plus leur argent dans un achat de cheval », regrette-t-il. Pourtant, il en fait des foires, dans toute la France où il achète des chevaux, en revend, les soigne, en garde d'autres. Présent sur le champ de foire depuis une heure du matin, avec son épouse Sophie, c'est avant tout l'amitié qui les fait tenir le coup. « C'est une petite ambiance tranquille, mais sur la foire, ce sont surtout les chevaux de boucherie qui se sont vendus, c'est un peu pour ça la Beaucroissant ».
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Les dessous de la foire
« Le jour des bêtes, c'est toujours calme », reconnaît Thierry Clocq, revendeur indépendant d'une marque de lingerie très courue des jeunes. Encore un pilier de la Beaucroissant : 40 ans de présence. Il n'y a guère que la dernière édition d'avril qu'il a loupée. Une exception. Pas grave, il faisait un temps de chien. Pour ce stéphanois qui sillonne toutes les foires et marchés de la région, « la Beaucroissant, c'est différent, c'est un mythe. Si tu fais pas la Beaucroissant, t'es pas forain. C'est l'occasion de voir les collègues qui viennent de loin ». Seul bémol : « le prix des parkings, ça tue la foire ».
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Bétail / la Beaucroissant serait-elle en train de perdre son bétail au profit de transactions menées directement dans les fermes. Sur le champ de foire, cela mugit encore, mais pour combien d'années ?
Un marché atone
« Cela baisse toutes les années. Il y a toujours moins de bêtes, comme si la Beaucroissant vivait ses dernières années. Il y a encore un confrère qui n'est pas venu cette fois. Nous, nous continuerons à être là parce que nous sommes à côté et que nous retrouvons notre clientèle et nos copains. Mais si un jour nous nous retrouvons seuls, nous ne viendrons plus », déclare Jean-Pierre Bourjal des établissements Bourjal, négociant en bétail à Saint-Sulpice-des-Rivoires. C'est un constat : les transactions s'effectuent désormais dans les fermes. C'est là-bas que se fixent les prix et les livraisons s'opèrent en direct. « C'est un gain de temps. Aujourd'hui, c'est la course contre la montre. Avant, les anciens éleveurs venaient et prenaient le temps de discuter », constate le négociant, qui a amené une centaine de bêtes sur la foire, des charolais, et repart avec une vingtaine de chevaux pour l'Italie. « Il faudrait que les éleveurs reprennent l'habitude de venir ici pour acheter des bêtes, mais une page est tournée. Le travail dans les fermes change, évolue et il faut s'adapter », poursuit Jean-Pierre Bourjal. Il connaît tous les éleveurs et tous les acheteurs : « Etre du coin, c'est un point positif, cela favorise les circuits courts ».Le marché est certes atone, mais les passionnés resteront et ceux qui aiment l'ambiance reviendront. Quant aux animaux de Beaucroissant, ils tiennent encore le foirail et il y a fort à parier qu'ils seront là encore pendant quelques années.