Ne pas faire feu de tout bois
C'est une chape de 200 mètres du haut sur 10 kilomètres de circonférence. Un nuage de pollution aux particules qui stagne une vingtaine de jours par an, bien au-delà de l'agglomération grenobloise, même si le centre-ville et les grandes voiries sont majoritairement touchées. La cause de cette pollution atmosphérique : les particules en suspension ou PM10 et le dioxyde d'azote (NO2). « Le chauffage au bois individuel a une forte responsabilité dans la pollution aux particules en suspension », indique Camille Rieux, d'Air Rhône-Alpes. Il représente en effet 45% de la pollution PM10, contre 24% pour les transports. En revanche, la pollution aux NO2 a pour origine à 66% les transports et 18% l'industrie. Si l'agglomération grenobloise se situe dans la moyenne des villes européennes en termes de pollution, les experts pointent les conséquences pour la santé, qui peuvent être dramatiques : difficultés respiratoires, maladies cardio-vasculaires, cancer des poumons.
Déchets verts
« Les épisodes de pollution aux particules PM10 sont essentiellement hivernaux, poursuit Camille Rieux, un jour sur trois d'octobre à mars. Les jours de grand froid, le chauffage à bois individuel est responsable à 75% de la pollution. » Le parc concerné est estimé à environ 20 000 appareils dans 273 communes de la région urbaine grenobloise, dont 69% sont responsables de 88% des émissions. « Mais un tiers des particules vient de l'extérieur du périmètre », explique le spécialiste de l'air. Pour l'Etat, il est possible d'interférer sur la qualité de l'air en favorisant le renouvellement du parc des appareils de chauffage au bois vétustes. C'est l'esprit du Plan de protection atmosphérique (PPA) dirigé par la Dreal* pour la période 2007-2015. Il se décline en plusieurs mesures, dont la promotion d'un combustible bois de qualité et des labels associés. Par exemple, le bois humide est à bannir. Il dégage un faible rendement, provoque des gaz imbrûlés et encrasse les appareils. Un bon bois doit avoir séché au moins 18 mois s'il est conservé à l'abri. L'Etat veut également encourager la substitution progressive des foyers ouverts utilisés en chauffage d'appoint et les interdire pour les logements neufs à partir du 1er janvier 2015. Un fonds d'aide au financement d'appareils performants est espéré avant fin 2016 pour le renouvellement ou l'amélioration du parc de chauffage au bois le moins performant, mais il n'a pas encore été abondé... Il est également fortement question de généraliser l'interdiction du brûlage des déchets verts en zone PPA. Les exploitants agricoles seront concernés. La mesure fera l'objet d'un arrêté préfectoral applicable début 2015.
Bien choisir son poêle
De son côté, la Métro a déjà mis en place un programme en faveur de la qualité de l'air dans le cadre de son Plan air climat avec l'Ademe**. Elle s'intéresse plus particulièrement au chauffage au bois et au brûlage des déchets verts. Dans une enquête réalisée par les étudiants de Science-po Grenoble auprès d'un millier de foyers, il apparaît que « le chauffage au bois individuel et le brûlage des déchets verts ne sont pas considérés comme des sources principales de pollution ». Pis, le bois bénéficie d'une image « écolo » chez les clients des vendeurs de bois. Ce travail pointe nettement la méconnaissance générale du facteur polluant et des différences de performance des poêles à bois vendus sur le marché. « Pourtant, il existe des appareils de chauffage au bois performants », indique Frédéric Roux-Sibilon, de l'Alec. En haut du tableau, on retrouve les poêles à granulés ou les poêles de masse qui offrent un rendement supérieur à 80%. Suivent les appareils à bûches à combustion améliorée, les poêles à bûches de base et enfin, les foyers ouverts dont on peut déplorer la faible performance : seulement 10% de rendement. Les chaudières ont aussi leur classement. Les plus performantes sont automatiques au bois déchiqueté (plus de 85% de rendement), suivies des chaudières automatiques granulés (plus de 85%), des chaudières à bûches à combustion inversée et tirage forcé et enfin, celles à bûches et à combustion inversée, qui offrent tout de même un rendement de 65 à 70%. Entre une cheminée ouverte et la plus performante des chaudières, l'émission de particules PM10 est 44 000 fois supérieure. Pour inciter les particuliers à ne pas se tromper dans leur choix, les pouvoirs publics et les acteurs en charge des questions de l'énergie recommandent de dimensionner leur appareil à leurs besoins, de choisir en fonction des labels (Flamme verte 5*) et de privilégier un installateur qualifié (Qualibois ou Qualibois RGE). Mais il existe aussi des gestes simples, comme le ramonage deux fois par an, l'installation de systèmes de filtration des fumées, qui représentent un investissement de 1000 à 2000 euros ou encore, l'allumage d'un feu de façon inversée, en mettant le gros bois au-dessous.
Mais, faute de mesures incitatives pour le renouvellement du parc, la seule qui demeure efficace en l'état reste l'interdiction du recours au chauffage au bois en cas de pic de pollution. Et il y a de fortes chances qu'elles soit un jour mise en œuvre.
Isabelle Doucet
*Dreal : Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement
**Ademe : Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie
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