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Coopérative

Une année décisive pour Vercors lait

La coopérative Vercors lait, qui fabrique le bleu de Sassenage, affiche cette année des résultats qui lui permettent d'envisager l'avenir plus sereinement, à condition que la production laitière soit au rendez-vous.
Une année décisive pour Vercors lait

Optimistes, mais les pieds sur terre. Les producteurs laitiers de la coopérative Vercors lait savent d'où ils viennent. Les années difficiles ne sont pas loin derrière eux et si la structure affiche un chiffre d'affaires de 5,4 millions d'euros en progression de 8%, ils sont conscients qu'il existe des enjeux déterminants pour la pérennité de leur outil de transformation et de la production laitière dans le Vercors.

Samuel Bouchier (à droite) du contrôle laitier, a présenté les enjeux liés à la production laitière dans le Vercors. A la tribune, Philippe Guilloud, le directeur de Vercors lait (2ème depuis la droite) et Paul Faure, le président (2ème depuis la gauche)

Pour Samuel Bouchier, du contrôle laitier, un de ces enjeux réside dans la conservation de la capacité laitière du territoire. Au tournant des années 2000, il y avait encore 70 producteurs sur le plateau, mais depuis 10 ans, la collecte s'est effondrée, si bien que deux études prospectives ont été réalisées auprès de l'ensemble des éleveurs, en 2009 et 2012. Les hypothèses les plus optimistes montrent que le secteur pourrait encore fournir les cinq millions de litres de lait nécessaires à leur transformation par Vercors lait d'ici 2020, les plus pessimistes ne passent pas la barre des quatre millions de litres. « Remplacez les associés lorsqu'ils partent en retraite », a exhorté le technicien. Aujourd'hui, 70% du lait collecté est transformé par la coopérative. Il le sera entièrement en 2017, et dès 2018, il faudra faire appel en complément au lait collecté pour Sodiaal. « Il y aura une zone à risque à partir du moment où 85% du lait collecté sera transformé », poursuit Samuel Bouchier. En admettant que le Vercors sache garder ses éleveurs, le directeur de Vercors lait, Philippe Guilloud s'est montré confiant quant aux intérêts qui lient Vercors lait et Sodiaal. Le contrat initial, entre les deux coopératives va en effet dans le sens de la conservation du volume laitier sur le plateau. « Notre objectif est de créer de la valeur, du volume et une ambiance laitière sur le plateau », a expliqué Laurent Vial, administrateur Sodiaal. Il insiste sur la nécessité d'avoir une vision globale de la production laitière « pour la pérennité économique de l'entreprise », car « nous ne sommes pas dans un pillage de la zone », a-t-il insisté. L'intérêt commun se situe bien au-delà de la question du bio ou du conventionnel a-t-il été rappelé afin de conforter chacun dans ses choix de production.

Aides du département

Ambiance animée à l'assemblée générale de Vercors lait à Autrans.

Si d'aucuns reconnaissent que le plateau du Vercors doit savoir conserver son lait, le technicien du contrôle laitier souligne les nombreux freins rencontrés par l'élevage laitier : problèmes de bâtiments, de foncier et de charge de travail ont souvent raison de l'activité. Quant à l'influence du cours du lait, elle a été jugée comme marginale au regard des motivations fondamentales. Pour autant, le prix payé aux producteurs approchera en 2014 les 400 euros les 1 000 litres, de sorte qu'une ristourne de 10 euros par 1 000 litres a pu être dégagée cette année pour la première fois. Pour soutenir l'activité, Christian Nucci, vice-président du conseil général en charge de l'agriculture, s'est dit prêt à envisager un accompagnement de l'agriculture, dans le cadre du plan 2013-2020, pour les bâtiments d'élevage ou en direction de la coopérative. Il a rappelé que les fonds alloués par le conseil général pour de tels dossiers en débloquent systématiquement au niveau européen. Reste « à définir une stratégie et des mesures d'accompagnement ». Dont acte.

Des caves d'affinage

Car la coopérative nourrit de grands projets. En termes de gamme, elle vient de se lancer dans la production de la raclette qu'elle faisait auparavant fabriquer pour son compte. Elle veut également monter en puissance dans la réalisation de meules, tout en proposant un affinage à douze mois, de façon à proposer un « Vercorais réserve ». Quant aux infrastructures, le projet de cave est toujours d'actualité. Il s'agirait de réhabiliter les anciennes porcheries et d'agrandir les bâtiments de Vercors lait pour créer des caves pour la raclette, la bournette et le vercorais. « Aujourd'hui, plus de 600 meules de vercorais sont affinées chez Sodiaal à La Bâtie en Savoie, de même que la raclette », fait remarquer le directeur. Le coût global de l'affinage externalisé s'élève à 100 000 euros par an, mais 40% de travail à façon pour ces fromages sera rapatrié en 2014. La coopérative s'interroge donc sur la pertinence d'un investissement lourd qui l'engagerait encore durablement.

Isabelle Doucet

Vercors lait en chiffres

Vercors lait collecte pour son compte et pour celui de Sodiaal un total de 7,2 millions de litres de lait dans le Vercors. La coopérative en conserve 5,3 millions et en transforme 3,4 millions, dont 700 000 litres en bio. Son chiffre d'affaires s'élève à 5,4 millions d'euros pour 2013. La coopérative a fabriqué 241 tonnes de bleu de Sassenage et 210 tonnes des 16 autres produits de sa gamme.

En 2013, le prix du lait payé s'élève à 352 euros en conventionnel et 425 euros en bio. Il a bénéficié d'une prime de 10 euros par 1 000 litres. En transformant 4 millions de litres, la coopérative espère s'approcher des 400 euros. Elle n'en est pas loin.