Politique
Le président du Département de l'Isère assure défendre la ruralité dans toutes ses politiques

Isabelle Brenguier
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Le Département de l’Isère a voté son budget en décembre dernier. Retour sur les choix réalisés dans un entretien avec le président de la collectivité, Jean-Pierre Barbier.

Le président du Département de l'Isère assure défendre la ruralité dans toutes ses politiques
Jean-Pierre Barbier est le président du Département de l'Isère.

Quand elles votent leur budget, les collectivités affirment leurs choix pour leur territoire. C’est toujours un temps important, qui révèle la politique menée et qui les engage auprès de leurs habitants.
Le Département de l’Isère a voté le sien en décembre dernier. Qu’il s’agisse des domaines qui relève de sa compétence (1) ou de ceux pour lesquels il intervient de manière volontariste, Jean-Pierre Barbier, le président de la collectivité, précise les investissements qui seront faits durant l’année 2024.

Depuis 2015, la loi Notre limite l’intervention des départements en matière économique. Malgré cela, le Département continue de soutenir l’agriculture. Dans quels domaines privilégiez-vous votre action ? 

« Chaque année, de façon volontariste, nous attribuons 10 millions d’euros à l’agriculture iséroise, soit autant que ce qu’apporte la Région Auvergne-Rhône-Alpes (2), ce qui permet de doubler le budget alloué. Notre objectif est de développer les circuits de production, d’aider les agriculteurs à améliorer leurs revenus en soutenant les projets de méthanisation, de moderniser les outils de production et de faire évoluer les filières. C’est le cas de la filière viande par exemple, que nous aidons au travers de notre investissement en faveur de l’abattoir. Pour soutenir l’élevage, nous accordons des financements au laboratoire vétérinaire départemental et au Groupement de défense sanitaire. Nous avons aussi créé le dispositif Isère véto pour inciter l’installation de nouveaux vétérinaires. Car sans vétérinaire, il n’y a plus d’agriculture. Nous sommes également aux côtés des agriculteurs pour les aider à mettre en œuvre des dispositifs moins consommateurs d’eau et d’électricité. En matière de foncier, nous sommes aussi attentifs à sa protection, grâce à l’accompagnement que nous prodiguons lors de la création des PAEN (3) qui se créent un peu partout dans notre territoire. Enfin, et en espérant ne pas en avoir besoin, nous maintenons aussi les aides pour les calamités agricoles qui, malheureusement, s’enchaînent depuis plusieurs années. S’agissant des MAEC, le dossier reste bloqué. Les départements n’ont plus la possibilité d’abonder les enveloppes. Mais il m’a été rapporté dernièrement que l’Etat allait reprendre les dépenses des départements… Nous attendons… »

Créé en 2018, le Pôle agroalimentaire vise à approvisionner les grandes surfaces iséroises en produits locaux de qualité, et à améliorer la rémunération des agriculteurs du département. Quel regard portez-vous sur son développement ? 

« Pour moi, c’est une grande satisfaction, car au départ, ce n’était pas gagné. Mais aujourd’hui, le PAA rassemble 180 producteurs et plus de 1 008 produits. C’est bien, mais il faut continuer le travail engagé. Il faut poursuivre la communication initiée, de façon à imprimer notre marque IsHere dans la consommation des isérois. Et avec la Chambre d’agriculture de l’Isère, et les agriculteurs, nous devons aller plus loin dans la structuration des filières, pour qu’elles soient au rendez-vous des besoins des GMS. Car s’il faut qu’on trouve des débouchés, il faut aussi que nous ayons les ressources pour y répondre. Même si c’est vrai que ce sont des changements qui ne sont pas toujours faciles à mettre en œuvre pour les agriculteurs, qu’ils peuvent être risqués, je veux qu’ils aient confiance en nous. Car le Pôle agroalimentaire, avec la marque, avec le magasin de Villefontaine, travaille bien. Chaque année, le Département investit 150 000 euros dans la structure. Mais notre volonté est qu’à terme, cette entité devienne complètement indépendante et qu’elle soit un outil au service de l’agriculture. Je suis convaincu de l’intérêt de cette démarche. Car il ne faut pas s’y tromper. Si ces produits intéressent les GMS, ce n’est pas par philanthropie, mais bien parce qu’il y a une demande des consommateurs ».

Le Département est la collectivité de référence pour la restauration des collégiens. Avec la cantine à deux euros, vous poursuivez votre effort sur le prix. Mais où en êtes-vous de votre engagement visant à avoir 100 % de produits locaux ou bio d’ici à 2028 ?

« Nous en sommes à plus de 50 %. Cela implique aussi une structuration des filières. Car là encore, il faut que nos agriculteurs soient capables de répondre à nos besoins, pour que nos fournisseurs nous amènent des produits diversifiés tout au long de l’année. C’est une adaptation sur le long terme qui est en cours. Et en proposant aux collégiens des produits de qualité, on gaspille moins, et on a une action d’éducation à l’alimentation. On donne dès le plus jeune âge des bonnes habitudes de consommation ».

Avec la signature d’une charte dédiée l’année dernière, nous avons beaucoup entendu parler de ruralité. Quelle est l’action du Département de l’Isère en la matière ?

« Cette charte était importante pour réaliser un état des lieux et donner aux maires des outils pour faire face aux problématiques auxquelles ils sont confrontés. Mais en fait, comme nous avons pour compétence principale les solidarités et l’équité territoriales, c’est dans toutes nos politiques que nous défendons la ruralité. Quand on engage 500 millions d’euros pour rénover les collèges, c’est dans l’ensemble du territoire du département que nous intervenons. Quand on apporte 50 millions d’euros d’aides aux communes, y compris aux plus petites et aux plus rurales, cela aussi, c’est faire ce qu’il faut pour la ruralité. Quand on investit 110 millions d’euros dans nos routes départementales, même dans les lieux les plus reculés, et quand on investit pour le très haut débit (on était à 0 prise en 2015, et on sera à 400 000 fin 2024), là encore, on se bat pour défendre la ruralité... J’ajoute que nous avons aussi nos 13 maisons de territoires qui œuvrent quotidiennement pour porter partout, nos compétences en matière de solidarité humaine, pour les personnes âgées et handicapées, pour la protection de l’enfance, pour les allocataires du RSA... C’est la même chose pour la culture et le sport, même si ce ne sont pas des compétences obligatoires. Nous faisons en sorte qu’il y ait des initiatives dans l’ensemble des territoires parce que nous voulons que les milieux ruraux en bénéficient aussi… Finalement, chaque fois que nous engageons une action, nous agissons forcément pour la ruralité. Et nous le faisons d’autant plus volontiers que les territoires ruraux cumulent parfois un certain retard vis-à-vis des territoires urbains. Il faut faire en sorte de le combler ».

En matière de santé aussi, des actions sont à mener pour permettre un accès aux soins à tous les habitants. Qu’en est-il ?

« Dès 2017, nous avons lancé « Isère Médecins » devenu « Isère santé ». Ce dispositif agit à trois niveaux : favoriser l’installation des professionnels de santé (médecins, mais aussi dentistes et infirmières) dans les communes en situation de désert médical grâce à l’octroi de bourses, les encourager à prendre des stagiaires pour leur faire découvrir le territoire en espérant qu’ils restent ensuite, et enfin, subventionner les maisons de santé. Et pour aller encore un peu plus loin, nous permettons dans les maisons du département, l’installation de médecins salariés. Ce n’est pas le modèle que nous défendons, ni celui que souhaite la profession dans sa majorité, mais si certains sont intéressés, nous le leur proposons. La politique « Isère Médecins » représentait jusqu’à présent un investissement de quatre millions d’euros, mais pour 2024, nous l’avons conduit à sept millions. La santé est une vraie priorité ».

(1)   l’action sanitaire et sociale, les collèges, la culture, les déplacements, la gestion durable du territoire et des routes, ainsi que la sécurité incendie)

(2)   Le budget agricole de la Région pour tous les départements est de 120 millions d’euros

(3)   périmètre de protection des espaces agricoles et naturels périurbains

Propos recueillis par Isabelle Brenguier

A chaque fois qu'ils en ont l'occasion, les élus départementaux mettent la main à la pâte pour promouvoir les produits cultivés et transformés en Isère, mis en avant par la marque IsHere et le Pôle agroalimentaire.